Aménagement numérique - Inauguration de la fibre optique jusqu'à l'abonné à Aumont-Aubrac


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"C'est le premier village étape FttH de France", a lancé Alain Astruc, maire et conseiller général d'Aumont-Aubrac, au moment de l'inauguration du noeud de raccordement optique situé juste sous un parc ouvert le même jour au centre de la commune. A l'extrême limite Sud de l'Auvergne, dans le département de la Lozère, entre les monts granitiques de la Margeride et les plateaux basaltiques de l'Aubrac, sur la route de Saint-Jacques-de-Compostelle, la commune de 1.100 habitants a eu la chance d'être retenue comme projet pilote. Dans le cadre du programme national très haut débit, le conseil général de Lozère (48) et l'opérateur Altitude Infrastructure ont répondu à l'appel à projets gouvernemental pour une expérimentation FttH (fibre jusqu'à l'abonné) en zone rurale. La filiale d'Altitude Infrastructure, Net 48, opère le réseau d'environ 11 km linéaire sur l'ensemble de la commune avec diverses infrastructures (Point à Point et PON). Pour son déploiement en six mois, l'intégrateur Circet et l'entreprise de génie civil lozérienne Engelvin ont mis en oeuvre différentes techniques de pose : micro-rainurage, location de fourreaux de France Télécom, déploiement en aérien sur poteaux électriques, en façade, etc. Résultat : "Sur les 532 prises de raccordement, nous sommes à 100% de pénétration et bientôt nous aurons même plus de 600 prises prochainement avec des extensions côté nord jusqu'à la zone d'activité et côté sud jusqu'à la maison de pays de la communauté de communes", s'est réjoui l'élu local.
Il faut dire que les habitants devaient déclarer leur intention de raccordement jusqu'au 30 avril, au-delà de cette date, la prise était payante. Une permanence en mairie a été assurée pour convaincre les habitants de l'intérêt du passage au très haut débit (THD). Deux fournisseurs d'accès à internet (FAI) proposent déjà des offres de connexion à 100 Mbits à partir de 29,90 euros par mois : als@tis et WiBox. En septembre, un FAI national (Bouygues Télécom) devrait les rejoindre. Le coût de l'investissement du projet pilote atteint 822.000 euros répartis entre l'Etat (42,2%), la conseil général (43,9%) et Net 48 (13,9%). "Le désenclavement numérique est une priorité pour notre département. Ce projet pilote s'inscrit dans le cadre du PPP de la région Languedoc-Roussillon qui a permis d'apporter le haut débit à 99% de la population pour un coût de 2,7 millions d'euros pour le conseil général. Nous avons aussi été l'une des premières collectivités françaises à adopter notre schéma départemental d'aménagement numérique (SDTAN), dès juillet dernier. Enfin, rien n'aurait été possible sans l'initiative de réseau de collecte le long de l'autoroute A75 qui passe tout près d'Aumont et associe six départements de Clermont-l'Hérault à Clermont-Ferrand", a témoigné Jean-Paul Pourquier, président du conseil général de Lozère.

Le numérique à la campagne : pas si simple !

Pour l'inauguration, Altitude Infrastructure a réuni une quarantaine d'experts pour son deuxième forum sur le thème : "Le numérique à la campagne, et si c'était simple ?". "La Lozère se mobilise : c'est l'un des premiers projets pilotes arrivé à maturité, ce qui prouve le dynamisme du département dans ce grand défi national du THD", a reconnu Jérôme Coutant. Le nouveau membre du collège de l'Autorité de régulation des communications électroniques (Arcep) aurait été un de ceux qui ont convaincu le commissariat général à l'investissement (CGI) à retenir ce projet, alors qu'il était conseiller technique auprès du ministre à l'aménagement du territoire (Michel Mercier, à l'époque). De son point de vue de régulateur, "la France n'est pas si en retard que cela dans le déploiement : les fondamentaux sont bons. Nous avançons d'une manière plus structurée avec la régulation symétrique. Cela va peut-être prendre deux ou trois ans de plus, et entre temps il y aura la montée en débit, la 3G puis la 4G mobile. Mais à terme, le consommateur ne se retrouvera pas, comme au Japon, face à un seul opérateur".
"Il faut que les projets se regroupent pour ne pas laisser de territoires dans l'impasse. Cela ne veut pas dire que les conseils généraux vont tout financer ou que ce sont forcément eux qui vont initier les projets : il est aussi possible de faire un syndicat mixte (ndlr : comme dans la Manche), de s'appuyer sur une régie électrique [NDLR : comme dans l'Ain], mais il faudra nécessairement fédérer", a convenu Benoît Loutrel, directeur du programme économie numérique du CGI.
"Ce sont les prises en milieu rural qui sont les plus chères [NDLR : 1.200 euros/prise à Aumont]. Mais, nous le voyons avec le taux de pénétration ici, ce sont aussi celles qui sont le plus facilement vendables alors qu'en ville la bascule ne se fait pas forcément puisque l'ADSL est de qualité. Evidemment, l'équation économique n'est pas simple. Par contre, l'équation politique est évidente puisque ce projet apporte l'accès à ceux qui n'ont rien. Si nous associons la dimension politique et la dimension de l'usage (télémédecine et maintien des personnes âgées à domicile, notamment), alors nous constatons bien que c'est encore plus évident : c'est en zone rurale qu'il faut intervenir", a souligné Jean-Luc Sallaberry, chargé de mission de l'Avicca (Association des villes et collectivités pour les communications électroniques et l'audiovisuel). Il reste que les projets sont encore excessivement compliqué à monter tant d'un point de vue technique, que juridique ou institutionnel. Il y a place à l'innovation territoriale et au courage des élus locaux pour les 15 à 20 ans qui viennent !

Luc Derriano / EVS

Projets pilotes FttH en cours
Les six autres projets pilotes retenus : Saint-Lô dans la Manche, Chevry Cossigny en Seine et Marne, Mareuil-sur-Lay Dissais en Vendée, Issoire dans le Puy-de-Dôme, Sallanches en Haute-Savoie et la Communauté de communes Cœur de Maurienne en Savoie. Les projets sélectionnés devraient permettre, par leurs échanges d'informations et leurs retours d'expériences, de mettre en place des principes communs d'exploitation pour les futurs développements FttH en France. Tous les projets retenus sont subventionnés par l'Etat à hauteur de 50 % maximum, avec un plafond de 500.000 euros. Ils concernent au moins 300 foyers.
"Les projets pilotes ont buté sur les conventions avec ERDF ou l'accès au Système d'information de France Télécom et donc parfois pris du temps. Ces enseignements seront présentés en octobre (à l'automne) et non en juin comme précédemment annoncé", a annoncé Benoît Loutrel. Le directeur du programme économie numérique du CGI a également évoqué d'autres enseignements à Aumont-Aubrac : la double inégalité de certains territoires dans lesquels les prises sont plus chères à déployer et où la puissance publique devra mettre plus de subvention alors que ce sont déjà des collectivités peu denses et avec des difficultés économiques ; la nécessaire péréquation à faire "mais pas au niveau local pour éviter des tarifs d'abonnement à 20 euros à Paris, à 30 euros en périphérie parisienne et dans les grandes agglomération et autour de 100 euros en Lozère, par exemple" ; l'obligation d'une péréquation institutionnelle : "personne ne peut prendre le risque politique autrement que sur le plan local, pour rendre les arbitrages. Et à l'opposé, dans le secteur des télécoms, il faut faire jouer des économies d'échelle au niveau national et au-dessus".
Les guichets de financement A (pour les opérateurs), B (pour les collectivités) et C (pour les technologies alternatives) devaient ouvrir à l'été "soit entre le 21 juin et le 23 septembre. Nous allons essayer de tenir les délais promis mais c'est très compliqué !", a reconnu Benoît Loutrel.
 L.D.


 


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