Education - "Objectif emploi-formation" : pour les décrocheurs qui souhaitent s'accrocher


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Dans la tourmente de la refondation de l'école, le ministre de l'Education nationale s'attaque à un autre chantier colossal : le décrochage scolaire. En Conseil des ministres, ce 5 décembre, Vincent Peillon a présenté une communication relative à la mobilisation du gouvernement, aux côtés des régions et des partenaires sociaux, contre le décrochage scolaire, ainsi qu'à l'action en faveur de l'insertion professionnelle des jeunes.  Présenté la veille par le ministre lors d'un séminaire national à l'Ecole supérieure nationale de chimie à Paris,  le tout nouveau dispositif-réseau piloté par l'Education nationale destiné à raccrocher les décrocheurs se nomme Objectif emploi-formation...

Du sur-mesure

Derrière ce dispositif-réseau, lancé dans la foulée, c'est un parcours personnalisé de retour en formation qui sera proposé à chaque jeune sorti de l'école sans diplôme. 
Identifié selon une liste (issue du croisement de plusieurs bases de données provenant des CFA, de l'Education nationale, des missions locales...), le jeune décrocheur âgé de 16 ans et plus sera contacté, dès ce mois de décembre, par l'une des 360 plateformes d'appui et de suivi  existantes (installées par le précédent gouvernement, lire notre article ci-contre du 19 janvier 2011), afin de planifier un rendez-vous.  Suivront un entretien personnalisé (pour identifier les besoins et souhaits du jeune) et une évaluation de son niveau scolaire, le tout orchestré par le réseau  "Objectif formation-emploi"*. Un parcours de retour en formation,  au sein d'un établissement scolaire classique ou d'une structure dédiée aux jeunes décrocheurs - sous la forme d'un apprentissage en alternance, d'une formation continue, de l'insertion dans un micro-lycée, d'une mission-formation de service civique... - lui sera proposé dans le cadre d'un contrat "objectif formation emploi", qu'il signera (ou sa famille s'il est mineur).
Tout au long du parcours de formation, un tuteur sera nommé et accompagnera le jeune dans son cursus, dont la finalité est une insertion dans la vie professionnelle.

20.000 jeunes raccrochés à fin 2013

François Hollande s'était engagé à diviser par deux le nombre de décrocheurs d'ici à la fin de son quinquennat. Ce dispositif destiné à endiguer le décrochage scolaire (140.000 élèves quittent l'école chaque année sans aucun diplôme ou tout au plus un brevet des collèges) doit pouvoir offrir une formation à 20.000 jeunes décrocheurs d'ici fin 2013, selon Vincent Peillon.
"Il faut maintenant raccrocher ces jeunes en leur offrant une formation grâce à une mobilisation générale", a annoncé le ministre qui a remercié, lors de la présentation de son plan de lutte ce 4 décembre, les acteurs impliqués, notamment l'Agence du service civique (qui permet d'allier projet de formation et intérêt général) et l'Onisep (pour son site internet de géolocalisation qui conduira le décrocheur jusqu'aux offres de formation dans sa zone géographique, et son tchat internet interactif qui permet de véritables échanges avec des conseillers) ."Car les gens ne savent pas ce qui est offert aujourd'hui, y compris dans le système éducatif", avait poursuivi Vincent Peillon.

415.800 employeurs potentiels

Le ministre souhaite accroître le nombre de jeunes qualifiés dans des secteurs où les entreprises recrutent et ainsi leur donner un avenir professionnel. Justement, les employeurs des secteurs de l'industrie et de la construction avaient fait part de leur difficulté à recruter lors d'une enquête conduite en 2012 par Pôle Emploi. Parallèlement, 17,7% des entreprises de l'industrie manufacturière, extractive et de gestion des déchets, de l'industrie agroalimentaire, de commerce ou encore les services à la personne envisagent de procéder à des recrutements, soit 415.800 employeurs potentiels.
A plusieurs reprises, Vincent Peillon a rappelé l'importance des entreprises dans cette lutte contre le décrochage. "Nos collectivités locales investissent 25% de la dépense d'éducation, l'Etat (investit) considérablement, les familles de plus en plus. Ce qui manque à l'appel, ce sont les entreprises, pour développer la formation en alternance", a-t-il déclaré, le 4 décembre, sur RTL.  "Il faut qu'on ajuste mieux les formations de l'Education nationale avec les métiers", estime-t-il, "600.000 places dans les entreprises ne trouvent pas de jeunes".
A ceux qui se demandent combien tout cela va coûter, le ministre a pris les devants : "Nous n'avons pas besoin d'argent. On le fait avec les moyens de l'Education nationale, la mobilisation des régions et les partenaires sociaux."
Priorité nationale mais aussi priorité européenne, car la lutte contre le décrochage scolaire s'inscrit dans la stratégie Europe 2020. La Commission européenne préconise de ramener à la fin de la décennie 2010-2020 le taux d'abandon scolaire moyen dans l'Union en dessous de la barre des 10% (contre 14,4% pour l'ensemble des pays en 2011, et de 12% pour la France). 
Comme il vaut mieux prévenir que guérir et travailler en amont qu'en aval, il est à espérer que l'actuelle réforme de l'éducation  menée par Vincent Peillon prendra en considération l'un des indices précurseurs du décrochage scolaire, à savoir l'absentéisme. 

Sandrine Toussaint

*Le réseau Objectif emploi-formation mobilise, aux côtés des plateformes de suivi, l'ensemble des acteurs concernés amenés à intervenir (responsables académiques, chefs d'établissements, personnels des missions générales...) pour les faire travailler en synergie.

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