Maintien à domicile - La crise s'accélère dans le secteur de l'aide à domicile

Certes, le secteur de l'aide à domicile crée des emplois. Cependant, comme le souligne la Cour des comptes, les aides publiques dont il bénéficie y sont pour beaucoup. Et le nombre récent de redressements judiciaires témoigne d'une vraie crise. En cause, la concurrence entre organismes, une gestion parfois incertaine... et le resserrement des financements, notamment lié aux difficultés des départements.

Le secteur de l'aide à domicile a longtemps été présenté comme un eldorado de la création d'emplois, nombreux à défaut d'être très qualifiés. Ce tableau doit être relativisé. Le rapport public 2010 de la Cour des comptes - qui consacre un chapitre à l'aide à la personne - constate ainsi que le secteur aurait créé 108.000 emplois entre 2006 et 2008, loin des 500.000 emplois annoncés. Ce chiffre représente toutefois 15,4% des créations sur la période. S'il demeure effectivement porteur à moyen et long terme - sous l'effet du vieillissement de la population et de la montée de la dépendance -, force est de reconnaître que le secteur traverse aujourd'hui une crise très sérieuse.
Dernière illustration en date : la mise en liquidation judiciaire, avec effet au 15 février, du Codapa (Comité de développement de l'aide auprès des personnes âgées), qui emploie 250 salariés et intervient auprès de 950 personnes âgées dans la région de Chartes. D'autres petits organismes ont également disparu, comme l'Adar de Lille l'été dernier (400 salariés, 2.000 personnes âgées) ou l'Assad 77 (Seine-et-Marne) en octobre (490 salariés, 3.000 personnes âgées). D'autres nombreux organismes sont en redressement judiciaire comme l'Afad (Aide familiale à domicile) dans le Lot ou l'AAFP en Seine-Maritime. Environ 300 à 400 structures pourraient ainsi se trouver en difficulté au cours de 2010. Mais le symbole le plus spectaculaire de la crise de l'aide à domicile reste évidemment la mise en redressement judiciaire, le 15 décembre dernier, de l'UNA, qui se revendique comme le premier réseau national de services à domicile et services à la personne. Prononcée à la demande de l'UNA, la mise en redressement ne porte toutefois que sur l'activité de tête de réseau et non sur celle des 1.200 associations adhérentes.
La cause de cette crise n'est pas à chercher du côté de la demande, ni même du dynamisme du secteur. Selon l'Agence nationale des services à la personne (ANSP), ce dernier devrait avoir créé environ 16.000 emplois en 2009, alors que la France en a perdu 370.000. Selon le cabinet spécialisé Precepta, l'activité devrait rester à peu près stable en 2010 (autour de 805 millions d'heures), avant de progresser de 3% en 2011, puis de 4% en 2012. Les causes ne sont pas non plus à chercher du côté des aides de l'Etat. Le rapport de la Cour des comptes montre ainsi que le montant des exonérations fiscales et sociales en faveur des services à la personne est passé de 4,71 milliards d'euros en 2006 à 6,59 milliards en 2009 (+40%), ce qui représente 7,4% de la dépense totale en faveur de l'emploi.

Resserrement des financements

Trois explications peuvent en revanche être avancées pour expliquer la crise actuelle. Tout d'abord, le plan Borloo de 2005 a favorisé le développement des services à la personne, mais a eu aussi pour conséquence de renforcer la concurrence. Les acteurs les plus fragiles ou les moins préparés - qui se trouvaient parfois jusqu'alors dans des situations de quasi monopole - ont eu du mal à y faire face. Sur ce point, les organismes associatifs ne manquent pas de se plaindre des entreprises privées qui ont investi le secteur et utiliseraient des personnels manquant de qualification. Un point de vue qui semble partagé par le gouvernement puisque, lors de la cérémonie des voeux, Nora Berra, la secrétaire d'Etat chargée des Aînés, n'a pas hésité à évoquer une "concurrence déloyale".
Ensuite, les acteurs du secteur ne sont pas exempts de toute responsabilité. Les causes internes aux difficultés ne manquent pas : taille critique insuffisante de nombreuses structures pour pouvoir bénéficier de certaines expertises (informaticien, juriste, comptable...), manque de rigueur dans la gestion, croissance à tout prix et développement tous azimuts pour occuper des positions, rapprochements hasardeux...
Enfin, tous ces facteurs se sont combinés avec le resserrement des financements et, en particulier, la revalorisation jugée insuffisante de la prestation d'aide ménagère par les départements (au titre de l'APA) et par la Caisse nationale d'assurance vieillesse (avec des tarifs horaires valorisés très en dessous de l'APA). Sur ce point, la situation financière des régimes de retraite et celle des départements ne laissent guère augurer de perspectives à court terme. L'Ille-et-Vilaine, par exemple, a ainsi fait connaître à l'ADMR (Aide à domicile en milieu rural, 2.000 salariés et 14.500 personnes prises en charge dans le département) qu'elle comptait réduire l'enveloppe globale allouée à l'association de quatre millions d'euros en 2009 à trois millions en 2010, puis à deux millions en 2012.
Face à cette situation, l'Etat a organisé, le 22 décembre, une table ronde sur la situation de l'aide à domicile, avec tous les grands représentants du secteur (voir notre article ci-contre du 10 janvier 2010). A cette occasion, les principales fédérations ont demandé la mise en place d'un "fonds d'urgence", doté de 50 à 100 millions d'euros. Mais les pouvoirs publics n'ont toujours pas fait connaître leur réponse.
 

Jean-Noël Escudié / PCA

 

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